Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Dominique Sampiero

Royal Carnet - Mardi 30 avril

Carnet de Résidence.

Mardi 30 avril.

Saint Robert

Dictontaine :

À la Saint Robert

Honore ton père ta mère

Les deux font la paire

Pensée du jour : À force de croire en ses rêves on traverse la vie comme un pays dont la complicité est faite de signes, de silences partagés et de rencontres où nous imaginons bâtir.

14h30. Petit parking de la maison citoyenne. Mouvements sobres de voitures. Quelques silhouettes vont et viennent et déposent leurs enfants à la crèche. Le soleil chauffe le dos des arbres frileux. De timides bourgeons se défroissent. On pourrait croire qu’il va faire beau aujourd’hui. Des lambeaux de ciel bleu jouent à cache cache sur les fenêtres murées des immeubles. Derrière de grandes baies vitrées, les parpaings regardent l’herbe pousser.

Deux enfants, cinq et huit ans, sont assis sur le siège rouge moleskine du bus nomade et je leur parle en chuchotant pour les apprivoiser. Un frère, une sœur : les deux doigts de la main. Leur plus grand trésor : leur complicité. Le grand frère lit dans les pensées de sa petite protégée qui hoche la tête en souriant.

Une voiture se gare si proche de notre emplacement que le bruit du moteur me gêne pour la suite de l’interview. Je m’avance vers la mère de famille lui demandant gentiment de stationner plus loin, il y a une place libre à quelques mètres. Surgit un vieil homme qui interpelle la conductrice en agitant sa canne noire et s’exprimant dans une langue incompréhensible qui fait hurler les trois enfants à l’arrière.

Dans un premier temps, je ne saisis pas ce que marmonne cet italien élégant à moitié sourd malgré sa prothèse et prononçant mal le français. L’automobiliste profite de mon intervention et s’enfuit sans demander son reste. Puis j’oblige mon interlocuteur à s’exprimer plus lentement et monte le ton pour qu’il entende.

Tony habite à l’appartement 20 de l’immeuble juste en face. Il gesticule et semble paniqué. Son problème est simple : il doit se rendre de toute urgence en face de la gare de Valenciennes pour retirer de l’argent. Il n’a plus rien dans son frigo plus un centime en poche et l’ami qui l’accompagne d’habitude dans ce genre de démarche est en déplacement à Paris. Je suis touché par le personnage et me dis que ça va me prendre dix minutes, pourquoi pas.

Tony est coiffeur à la retraite, coiffeur mixte précise-t-il en levant l’index. Il a abandonné son métier à cause de vertiges qui l’empêchaient de tenir la station debout. Sa maigre retraite lui permet tout juste de joindre les deux bouts. Tony est loquace et me raconte sa vie entre deux feux rouges. Parfois je suis obligé de lui faire répéter sa phrase, il a l’habitude. Puis Tony remonte dix ans en arrière et me confie qu’il a légué son salon de coiffure à sa fille qui finalement l’a jeté à la rue comme un chien. Comme un chien insiste Tony en levant l’index.

Je fais l’aller retour et constate que Tony n’a pas prélevé un centime. Par pudeur, il ne me dit rien et moi non plus. Puis Tony m’invite à monter chez lui boire un café pour me remercier. Impossible de refuser. Il me roule une cigarette et nos fumées dansent au plafond.

Tony s’ennuie, Tony a mal aux jambes, Tony en a marre de regarder la télé toute la journée, Tony se fait chier comme un rat mort, Tony remonte ses manches et me montre des boutons sur ses bras, Tony doit faire des U.V mais ça l’empêche de dormir et ça le fait transpirer, Tony voudrait bien trouver une femme pour vivre avec lui, une femme gentille et honnête précise-t-il en levant l’index puis Tony s’effondre en larmes comme un enfant et me dit qu’il voudrait mourir, Tony me ressert une tasse, s’excuse en se frottant les yeux, Tony me remercie une main sur le cœur et je l’entraîne jusqu’au bus pour faire son portrait, Tony marche à petits pas, Tony a lu tous les livres sur la Mafia, Tony me remercie encore une main sur le cœur, je lui réponds de rien, de rien, et finalement je lui fais promettre de marcher une heure tous les jours dans la cité pour garder la forme, faut pas se laisser aller Tony ! Tony lève l’index en répondant oui oui et se met à marcher le jour même pendant une heure dans la cité. Tony passe et repasse plusieurs fois devant le bus pour me montrer, levant l’index, que ça lui fait du bien de marcher et qu’il est décidé à persévérer. Puis le soir Tony m’envoie un SMS comme il me l’avait promis, un seul pour pas déranger. BJR DOMINIQUE 1 BONNE SOIREE A TOI ET TA FAMILLE JE SUIS TRISTE MAIS çA VA PASSER MERCI BOCOUP POUR TOUT JE T ENBRACE TONY A DEMAIN.

Commenter cet article