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Publié par Dominique Sampiero

Royal Carnet - Jeudi 11 avril

Carnet de Résidence.

Jeudi 11 avril.

Saint-Stanislas.

Dictontaine :
À la Saint-Stanislas
Rompez la glace
Et regardez vous en fa
ce.

Pensée du jour : Quand on n’a plus rien on donne tout. Quand on a tout on garde-boue, garde du corps et garde à vous.

Trente quatre entretiens. Plus de quatre heures de rushs. Je découvre un quartier à travers ses lecteurs, ses lectrices. Ses enfants turbulents et ses bruits urbains. Mais surtout la pudeur, le silence, les regards qui cherchent une réponse. Certains visages crèvent l’écran comme des étoiles en plein hiver.

Souffrances à peine murmurées, suggérées. Aucune plainte. On ne dit pas tout. On se protège. Taiseux de père en fils.

Parfois même, ça saute aux yeux, on raconte le contraire de ce qu’on pense. Pour voir, pour tester. Et puis, on est filmé, on ne sait jamais. D’ailleurs, il y a des caméras partout en haut des pylônes dans le quartier. On se fait à tout.

Quatre questions simples : qu’est-ce que vous adorez lire ? Qu’est-ce que vous détestez lire ? Avez-vous des souvenirs de votre apprentissage de la lecture ? Un bon livre pour vous, c’est... ? Neuf fois sur dix, les gens se lancent dans des confidences ou anecdotes magnifiques. Tous profitent de l’instant qui leur est accordé s’abandonnant avec confiance et nous livrant comment le monde se reflète dans leurs yeux. Comment le monde les aime, les ignore ou leur fait mal au cœur. Emmanuel, Thibault et moi-même restons muets à la fin de l’entretien, murmurant un merci la plupart du temps bouleversé.

Nous avons monté les premiers portraits à même le Bus Nomade et dans cette chronique, les gens du livre, apparaissent des visages, des profils de lecteurs et de vrais caractères. Le livre devient prétexte à écrire ou gommer sa propre vie par bribes, pièces d’un puzzle volontairement éparpillées.

Certains ont renoncé à lire par dégoût, fatigue, manque de temps et concluent que les livres, les bibliothèques, ça concerne les enfants ou les personnes âgées. Beaucoup de jeunes ont remplacé les romans ou la poésie par le RAP ou le SLAM, décidés à écrire le roman de leur vie en textes ou en chansons.

Celui à qui je demande, qu’est-ce que tu as lu à l’école, j’entends répondre, les yeux baissés : Phèdre. Les Misérables. Germinal. Et après ? Plus rien, ça m’a dégoûté. Puis dans la seconde qui suit il nous improvise un rap d’une justesse éblouissante, comme ça, mine de rien.

À celle qui s’appelle Anges au pluriel, oui, c'est son vrai prénom, je dois une expression magnifique qu’elle laisse échapper en battant des mains comme un oiseau quand elle parle de sa vie dans le quartier : Mes Princes. Anges nomme les habitants de Chasse Royale comme ça, mes Princes. Et là je prends une leçon de poésie en pleine gueule. La poésie ? Vous connaissez ? L’art d’être avec.

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Parmentier Myriam 17/04/2013 22:24

Il y a des moments de rencontres magiques qui donnent envie de recommencer...à lire, à échanger, à écouter, à voir. Dominique ton article suscite l'envie, la curiosité, le désir. J'aimerais savoir ce que Anges et les autres ont répondu à vos questions. J'aimerais pouvoir discuter avec eux.