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Publié par Sampiero Dominique

Dés fois, je me dis que j’ai eu une mauvaise enfance,

non, qu’est-ce que vous en pensez ?

Moi je sais pas.

Marie-Claude, Bimbo et les autres

Les feux de l’amour ?

Oui, c’est ça.

C’est les feux de l’amour à la télé, j’aime bien la laisser allumer, c’est parce que ce sont les vacances, autrement, je ne regarde pas.

Bimbo, il s’appelle mon chien. Il est beau hein ?

Il est gentil hein Bimbo !

Je dois aller chez le coiffeur… ça ne va plus.

Regardez là, ça bique.

C’est toujours le carré depuis que je suis toute petite.

Marie-Claude, Bimbo et les autres

Marie-Claude. Mon nom de jeune-fille : Fiérain.

J’ai été mariée mais je suis divorcée depuis 15 ans.

Je suis née à Frasnoy.

Toute ma famille est de là-bas. Mais peut-être que tout le monde est décédé, je ne sais pas, pas de nouvelle, je les ai tous perdus de vue.

Je suis née en 1960. Mon papa s’appelait Georges Fiérain. Mon père biologique. Ma mère s’appelait Blanche Laurent. Je ne les ai pas connus du tout. On était beaucoup de frères et sœurs.

J’ai appris qu’on était 10 ou 12 enfants par la suite. On a été tous placés dans des familles d’accueil.

Parce que ma propre maman n’a pas su élever ses enfants. Je ne sais pas ce qui s’est passé exactement. Mon frère de Quiévrechain me dit qu’ils ont eu un accident de voiture.

Mes parents reposent à Frasnoy, il y a des chances.

Il faudrait que j’aille les voir un jour.

Marie-Claude, Bimbo et les autres

À quatre ans, j’ai été adoptée. Ma grand-mère adoptive s’appelait Louise. Elle avait dans les 50 ans. Elle est décédée à 89 ans.

Ma grand-mère adoptive je l’appelais toujours Mamie.

Vous savez quand c’est comme ça, qu’on perd sa vraie maman, ça fait trop mal.

De 4 ans à 39 ans, j’ai toujours été aux côtés de Mamie.

J’ai quand même des trous dans mon histoire.

Il y avait une assistante sociale très sympa, Madame Bernir, qui venait voir la mamie avec qui je vivais et mes deux frères. Daniel et Jean-Claude. Des bons souvenirs ?

J’ai été bien soignée.

Je faisais les courses, je nettoyais le jardin. Mais elle était butée question ménage, Mamie. Les personnes âgées comme elle avaient un caractère spécial.

Mais bon, ça va, j’ai bien vécu.

C’est tellement loin tout ça. Il faudrait que j’aille faire un tour sur sa tombe.

On jardinait. On faisait beaucoup de choses. Mais on ne sortait pas. On n’allait nulle-part. Ce n’est pas de sa faute.

Il n’y avait pas de salle-de-bain à l’époque, on se baignait chacun son tour dans une grande bassine.

Je n’ai rien à regretter parce que figure-toi, elle avait un fils, bien sûr son fils s’est marié mais de sa part j’ai eu beaucoup de reproches quand je me suis mariée moi aussi car j’avais moins de temps pour m’occuper toujours de Mamie, et ils ont placé Mamie à l’hôpital du Hainaut.

- Tu te maries, tu ne t’occupes plus de la mémé, on ne veut plus entendre parler de toi !

Ce n’est pas vrai. Oui, j’étais mariée mais j’allais la voir plusieurs fois, au moins deux fois par semaine, parce que j’avais toujours la Mamie en tête, elle fermait les yeux, elle ne s’alimentait plus. J’ai des photos d’elle, je vais vous montrer.

Marie-Claude, Bimbo et les autres

Quand j’étais petite, Mamie ne voulait pas que je lui donne un coup de main pour la cuisine.

On disait que toute jeune j’étais renfermée. Peut-être.

Peut-être que j’étais triste.

Je ne sais pas comment vous expliquer.

Pourtant j’ai eu beaucoup d’affection avec la Mamie. Elle n’était pas méchante. J’étais peut-être un peu boudeuse. Alors elle me disait : Allez dans votre chambre Marie-Claude, et redescendez quand ça ira mieux !

De temps en temps, on allait promener. Une fois, on a fait une sortie en voiture avec son fils, mon parrain, une sortie à Maroilles. Je m’en souviendrai toujours !

À l’école, j’étais très bien. Quelque fois. Je ne sais pas. Comment dire ? J’avais déjà un truc. Par exemple la maîtresse m’avait donné une punition. Je l’ai jetée par terre. Je ne voulais pas que Mamie le sache.

La maitresse disait :

- Marie-Claude, elle est bizarre, elle a mal aux pieds et elle reste comme ça sans rien dire.

J’étais timide et renfermée. J’arrivais pas, comment on appelle ça ? Je gardais tout en moi. Peut-être que j’étais secrète. J’avais peur que Mamie me dispute et qu’elle soit déçue. J’avais peur de dire ce que je pensais.

Elle nous élevait bien :

- Tant que tu n’auras pas fini ta soupe, tu n’auras rien d’autre !

J’avais une poupée, un ballon et j’allais jouer dans la cour. Peut-être que j’étais réservée. À cause du traumatisme de mes parents. Je veux dire. Comment expliquer ? Que mes parents… Que sont-ils devenus vraiment ? Je n’ai jamais osé lui poser la question. Donc, c’est toujours resté en moi, coincé dans ma tête.

Mon frère Daniel est allé se renseigner un jour à la mairie de Frasnoy et la secrétaire a répondu :

- Vos parents sont décédés d’un accident de voiture Monsieur.

C’est tout ce que je sais.

Marie-Claude, Bimbo et les autres

J’ai quand même fait l’école maternelle mais j’ai des trous de mémoire.

CP. CE1. CE2.CM1.CM2. J’ai redoublé, je crois, j’ai redoublé le CM2. Dans ces eaux-là.

Et quand même, je suis allée en sixième, cinquième et après, l’apprentissage.

J’ai toujours été calme. Je partageais mon casse-croûte. Il y avait une maîtresse, madame Sauvage, j’en avais peur. Elle me tapait sur les doigts. Elle me pinçait les joues. C’est elle qui a convoqué Mamie à cause de mes chaussures.

- Allons Madame, qu’est-ce qui se passe avec ces chaussures ?

La honte ! En fait, elles étaient trop petites. Maintenant quand j’ai mal, je le dis.

Quand le fils de Mamie venait, je ne participais pas à la conversation. J’allais jardiner. J’ai toujours adoré ça le jardin. Actuellement, c’est moi qui fais la pelouse de mon copain.

En parlant de jardin, justement, mon propre père j’ai réussi à savoir qu’il était agriculteur.

Mais le restant, non, je ne voulais pas.

On vivait dans l’ancienneté.

Quand elle faisait la lessive Mamie, elle faisait chauffer l’eau dans des baquets.

En ce temps-là, c’était encore des télévisions avec le machin derrière, le gros cul, maintenant c’est des écrans plats

Marie-Claude, Bimbo et les autres

Tout ce que je t’explique, c’est véridique.

On ne faisait pas Noël. Même pas le sapin, rien. Les anniversaires ? Aucun souvenir. Je ne vois pas de gâteau, rien.

Figure-toi, j’étais malheureuse quand même. Mais comment dire. Je n’en veux pas à Mamie. Ils vivaient comme ça un point c’est tout. Pas méchant, non, non. Ils vivaient comme ça. Comme des personnes âgées, c’est pas de leur faute. Non.

Je suis restée avec Mamie jusqu’à l’âge de 39 ans !

Jean-Claude nous a quitté tellement il faisait des sales tours. Il a racketté des écoles. Il tournait mal. En plus on dormait tous dans la même chambre. Et il voulait me toucher. Il a essayé plusieurs fois. Je ne voulais pas en parler à Mamie. Je gardais ça pour moi. Heureusement, après, il est parti en foyer. Personne ne l’a su, personne de la famille, qu’il voulait me faire des attouchements, même pas Mamie. Même pas mon autre frère Daniel. Personne. J’ai gardé ça pour moi. Ah purée, j’en ai bavé avec cette histoire.

Dés fois, je me dis que j’ai eu une mauvaise enfance, non, qu’est-ce que vous en pensez ?

Je ne voudrais plus repasser tout ça.

C’était son caractère comme ça à Jean-Claude. Buté. Il me caressait les pieds. Il me faisait des bibises. Il me disait : on va jouer au chat et à la souris. Mais je voyais bien où il voulait en venir. Pas question ! À mon avis, ça trottinait dans sa cervelle. Des pulsions. C’est sûrement ça. Mais bon, je ne suis pas une fille comme ça.

Ça a été pareil les années d’après avec mon parrain adoptif. Il voulait des relations avec moi alors qu’il était marié. Maintenant, il est décédé. Qu’il repose en paix. Malgré tout, je ne lui en veux pas.

Pendant toutes ces années, j’ai eu ce traumatisme. Vous comprenez ?

Personne à qui m’adresser. Je gardais ça en moi.

Marie-Claude, Bimbo et les autres

Je raconte toujours la même chose,je perds la ciboulette.

Ma dépression est venue après.

Mon mariage a été un vrai gâchis.

Deux ans de concubinage. Je me suis mariée en 1999 avec Christophe. On habitait rue du Quesnoy à Quiévrechain. Il passait son temps avec ses copains. Mais il était violent. Deux ans après, j’ai quitté le domicile conjugal pour habiter à Chasse Royale.

Entre deux, je suis allée en maison de repos.

 

Mais tout ça, c’est fini et maintenant, j’aime bien voir du monde.

Je ne sais plus rester seule.

Je suis contente quand Cécile mon infirmière me rend visite.


J’ai rencontré mon nouveau copain Daniel en 2001.

On n’habite pas le même appartement mais on s’entend bien. Il est gentil.

Ma tutrice aussi m’aide bien.

Je suis bien suivie.

 

Voilà mon passé, vous savez tout.

Mais le présent, ça va beaucoup mieux.

 

Et puis avec tout ça, j’ai un psy et il est gentil avec moi.

 

Mon frère Jean-Claude est décédé, mon Dieu, je l’ai appris comme ça, bêtement, il est mort dans son appartement, l’alcool, les mauvaises relations.

Eh oui, qu’est-ce qu’on y fera, hein ?

 

Malgré tout, je dois vous dire, un frère et une sœur, ça me manque

 

Je vais aller voir mon autre frère Daniel, à Quiévrechain, il est policier. Pour le voir, dur, dur. Il m’évite. Je veux qu’il m’accepte à sa porte, ne serait-ce que 10 minutes.

Parle-moi un petit peu s’il-te-plaît, mon frère.

 

Je ne peux pas l’appeler, il a coupé son téléphone.

Marie-Claude, Bimbo et les autres

Depuis 2000, je sors beaucoup, je fais plein d’activités. C’est ma nouvelle vie. J’ai été à la mer. Je sais ce que c’est le GAUMONT. J’ai appris à cuisiner et à jouer au Scrabble.

C’est comme ça.

J’essaie de ne plus penser à tout ça.

Ça fait trop mal ce que j’ai subi.

Si jamais mon nouvel ami me quitte, je vivrai toute seule.

Je tiendrai la route avec mes copines.

Pour le restant de ma vie.

Je souhaite longue vie à mon compagnon. Je n’ai rien dit de mal. C’est au cas où.

J’aime discuter, ah oui.

Il paraît qu’il y a des groupes de paroles.

Et j’adore sortir, sortir, il faut voyager.

Je vois mon psy le 5 août à 15 heures. Il me fait une ordonnance pour deux mois.

Quand il me parle mon psy, il me fait du bien.

La nuit, je ne sais pas rester seule. J’entends des bruits. Ou alors avec mes animaux. Ici je dors avec Bimbo.

Marie-Claude, Bimbo et les autres

Mon psy m’a dit : Faites le deuil de votre frère ! Pas de nouvelle, bonnes nouvelles !

Il y a des années, je me bourrai de médicaments. Ça va mieux. J’ai diminué. Et il y a peut-être beaucoup de personnes dans mon cas, non ?

Marie-Claude, Bimbo et les autres

Ah oui, je me souviens, mon grand-père, enfin le mari de Mamie, il me prenait souvent sur ses genoux lui. Si, si. Il était gentil. Il ne s’entendait pas avec sa femme. À cause de nous, je crois. Il n’était pas d’accord avec elle, sur quoi, je ne sais pas. Il vivait même de temps en temps dans son Mobil home.

- Pourquoi tu t’en vas, reste avec Mamie ! Reste avec nous Papy.

Il ne me répondait pas et il s’enfermait pendant des jours. Je me demande si on gênait. Il avait de la colère envers un des 3 enfants, mon cher frère Jean-Claude, le phénomène !

Quand c’est comme ça, toutes les personnes qui ont beaucoup de soucis, faut qu’elles s’isolent hein qu’est-ce que vous en pensez ?

Marie-Claude, Bimbo et les autres

Dernièrement, j’ai été à l’esthétique. Un concours de l’esthétique. Coloration. Soin du visage. Apprendre à mettre du vernis. Ça me plaît bien. On est à 3 ou 4. Et figurez-vous, il y a même un garçon. On ne connaît pas tout dans la vie, il faut encore apprendre. C’est comme beaucoup de choses, non ? Qu’est-ce que vous en pensez ? Je ne tricote plus. Je préfère me faire jolie.

Marie-Claude, Bimbo et les autres

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louisiane 17/08/2015 14:16

Bravo Marie Claude pour avoir sû sortir ce qui te fait mal et mettre des mots dessus ; je pense que cela va te permettre d'avancer.Bises

René Lelièvre 17/08/2015 13:20

Super Marie-Claude ! J'aime bien te rencontrer au centre social ou dans la rue, c'est pas souvent dommage, t'es nature !