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Publié par Sampiero Dominique

PROSES de la première pierre

Jeudi 2 Juillet 2015. 11h.

Un quartier va renaître.

Mot à mot, un regard, un silence après l’autre.

Des envies de rêver, de grandir, de voyager dans des récits

repousseront le béton cerclé plus loin hors les murs.

 

L'évidence.

Un lieu qu'on pourrait appeler L'évidence.

Les vies denses.

L'Eve y danse.

Les vies dansent.

PROSES de la première pierre

Une arche de verre et d’acier attend à quai de voir grandir ses contours avant de prendre le large avec, à son bord, les espoirs, les manques et les désirs des habitants de vivre dans une société qui leur donne une vraie place.

Un jardin, des livres.

Des corps assis, en mouvement. Des mots sortis des livres pour danser

Des histoires qui leur ressemblent et qui les rassemblent.

PROSES de la première pierre

Peut-on changer la vie, inverser la souffrance, avec une poignée de mots et quelques pas de danse ?

Oui, répondent les yeux de ceux qui s’acharnent depuis des années à croire que la culture est le souffle du changement et l’imaginaire, le moteur d’un bond en avant.

Peut-être rétorquent ceux qui doutent toujours.

Reste le silence de ceux qui n’osent rien dire et qui, un jour, monteront à bord avec les yeux cherchant au loin un horizon pour leurs enfants, une île où refaire le monde à l’endroit de leur humaine blessure.

PROSES de la première pierre

Lis, palpite, feuillette, couche-toi avec moi  ici, marchons main dans la main dans cette neige des récits. Les mots se souviendront d’avoir été lus, regardés, aimés par l’empreinte de nos pupilles fondue à leurs syllabes et porteront plus loin le meilleur et le pire de nos désirs à se fondre jusqu’au dernier silence à cette nuit de l’encre où tout repose avant d’exister.

PROSES de la première pierre

Lire pour ne pas mourir, réciter le secret des phrases gravées en nous, perpétuer mot à mot le sang de l’autre dans nos veines, s’oublier, se perfuser d’autres vertiges, des jouissances et des erreurs, des fautes que l’on n’aurait jamais osé commettre, ni des souffrances endurer, mais que le héros traverse de toutes ses forces, oui, il existe une façon de tenir le livre comme un miroir, comme un couteau, puis une porte, un passage, de tomber de l’autre côté pour y courir enfin, y pourrir peut-être, chaque mot tenant lieu d’os, chaque phrase de souffle et de muscle, condamné à bouger, à se sentir vivant seulement dans le passage à l’acte du livre, soulagé d’être vrai dans ce tombeau blanc du papier, reprenant goût à la vie simulée, à ce tourbillon d’images qui parlent plus loin que moi, plus vaste, là où justement lire et écrire se fondent dans l’illusion exacte de l’être, le sujet repassant par le trou de la langue comme par le sexe d’une mère.

PROSES de la première pierre

Le poème est une mutinerie du langage à l’intérieur de lui-même, un séisme dont l’onde de choc ébranle ce qui titube dans notre mental et que l’on voudrait penser comme définitif. Aucune réponse n’est apportée mais un faisceau de questions et d’images irrigue l’arbre mental du lecteur avant qu’il fleurisse de ses propres visions.

De cette écriture des sens et du ressenti, le lecteur va renaître dans son propre élan à penser et à voir et n’est-ce pas cela l’enjeu d’une révolution : remettre en mouvement le mort et l’inerte ?

PROSES de la première pierre

Lire c’est du corps qui s’en va. Puis du corps qui revient. Mais qui va et qui revient où ? On ne sait pas. Depuis bien avant l’écriture, les mots connaissent cet autre centre entre l’esprit et la langue, ce lieu que l’on voudrait confondre avec l’âme, cet ailleurs du poème et du texte dont la page est franchissement. C’est donc ici l’infinie conscience du vide dont l’éternité est jalouse. C’est donc ici lire, un pur mouvement dans l’ordre chaotique du monde pour s’ajuster à la danse déréglée des atomes et des planètes. Ça bouge dans la langue comme partout. Il n’est point besoin de croire pour s’y sentir vivant.

PROSES de la première pierre

Le poème donne à voir à celui qui est aveugle, parle au sourd, ébranle les consciences, touche le manque pour le faire chuter, chanter, donne un visage aux âmes et aux cimes errantes, écarquille les sens jusqu’au point d’orgue de la pleine conscience, là où respirer invente chaque mot à venir par la dilatation de la présence. L’être avec.

PROSES de la première pierre

L’homme qui s’est dressé en s’insurgeant contre sa vie de bête a libéré ses mains pour écrire au ciel et lui lancer des pierres. Caresser, égorger, étreindre. Quitter, rejoindre. Manger la lune et inviter les nuages à voyager dans son regard. Nos mains sont les couteaux du vent dans la langue.

Puis le poème épaule le silence pour mettre en joue le silence. Quand il détonne, ce qui meurt était mourant ou inutile.

Je lis donc j’essore ma vie derrière la phrase, je la dilate puis la distille dans les premiers cris de mon regard, je lie ce corps à moi, mot à mot, et ce qui advient ne cherche plus à me ressembler, juste à me distraire de cette mort à venir que je traverse, oui, lire m’a élu dans le royaume vide d’exister, le bruit des pages dans ma tête tournées doucement comme les paupières d’un regard qui ne se refermera jamais m’annonce que, de livre en livre, je suis le frère, l’ennemi aussi, de cette humanité passée et à venir, et que, dans cet ailleurs où les mains de celui qui écrit et les mains de celui qui lit se touchent, puis les yeux, les bouches, les pensées, l’Eden virtuel du langage couché en jardins dans les œuvres m’apaise de croire que quelque chose de moi s’est déposé là et survivra au temps, aux massacres, quelque chose comme la ressemblance, quelque chose comme la différence.

 

PROSES de la première pierre

La crise est la première pierre du mépris collectif et anonyme.

Vivre dans cet espace de soumission en se croyant coupable du gâchis revient à se crever les yeux, à s’amputer, à confondre la convoitise avec le désir.

Le poème est pur désir, lui seul apaise et rassasie. Si ce n’est pas son activité saisie au vol dans le choix d’écrire, c’est le lieu dont il suinte.

Lire préfère la migration des oiseaux et des planètes aux mensonges universels.

PROSES de la première pierre

Commenter cet article

belaval 05/07/2015 14:07

Un bel hymne à la lecture et la poésie! oui ces messages sont lus et diffusés le plus possible!
Merci à tous

sampiero 03/07/2015 20:21

Merci RACHID pour ta générosité et tout ce que tu as donné au blog... L'aventure n'est pas terminée... je compte bien faire d'autres choses avec toi comme par exemple des lectures en appartement et un travail de mise en scène si tu es OK... amitié

Bernard 03/07/2015 14:49

Peut-on changer la vie, inverser la souffrance, avec une poignée de mots et quelques pas de danse ?
Sans l'ombre d'un doute, oui, trois fois oui!
Bernard

sampiero 03/07/2015 15:44

Merci Bernard... poser la question, c'est comme y répondre... et trois fois merci pour cette phrase éclairée...

Tiffany 03/07/2015 10:55

Mille fois bravo pour cet hymne qui en dit si long (et si bien) sur la puissance des mots et du langage ! Tous au poème et un nouveau monde sera !
Tiffany

sampiero 03/07/2015 11:01

merci Tiffany... ça veut dire que le blog est lu partout en France... c'est réjouissant

sampiero 03/07/2015 04:04

Merci, merci beaucoup... j'essaie de faire de ce quartier et de son blog réalisé avec les habitants, une ouverture sur le monde, sur les autres... et sur la lecture, l'écriture, la poésie... et d'ouvrir les portes de cette médiathèque à venir par un rêve commun de ce qu'elle pourrait être... alors merci de diffuser, de faire passer Royale Bibliothèque à tous ceux qui pourraient le faire vivre de leurs regards... merci...

rachid 03/07/2015 13:23

bonjour Dominique,tout d abord merci d'avoir donne a tous ces personnes l' occasion de pouvoir s'exprimer, ouvrir leur cœur et ainsi déposer une partie de leurs fardeau
Quand je vois le chemin parcouru depuis l'ouverture du blog et la participation de tous ces habitants,je me dis, personnes ne parlaient et pourtant tout le monde avait beaucoup de chose a dire..c est parfois ce qui nous parait insignifiant,qui est important..a bientôt..