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Publié par Sampiero Dominique

Le pasteur et le

légionnaire

 

 

De la boxe à Jésus

sur la croix

Livres vivants ici ( 5 )

Premier Clap. L’avant dernier.

Moi, je n’ai jamais froid. Je ne suis pas un gars à avoir froid. Mon père était espagnol de mère française. Henri Laloux. Avec un x. Mais mon nom d’armée c’est Maurice Liber. Ils ne sont plus existants mes parents. Ils sont morts depuis belle lurette. Ma mère a eu 11 gosses. Je suis l’avant dernier. J’aimerais bien faire un petit livre de ma vie. Quarante ou cinquante pages. On pourrait l’appeler par exemple quelque chose comme « Souvenirs du Vietnam ou d’Indochine». Non ? C’est joli comme titre ? Mais on va commencer par mon enfance.

 

Deuxième clap. Comme les autres.

J’ai été à l’école comme les autres. Jusqu’à 14 ans à l’époque. J’ai toujours bien appris. J’étais deuxième ou troisième dans les classements. J’ai eu mon Certificat d’Etudes avec félicitations du maire. Pour mon intelligence, si on peut dire. Je suis né à Quiévrechain en 1930. Rosa, elle s’appelait ma mère. Le maire de Quiévrechain avait pris en considération qu’on était une grande famille et il avait pris une parcelle du jardin pour refaire une pièce à notre logement loué par la mairie.

 

Quatrième clap. Sang de taureau.

J’avais trois sœurs qui s’étaient mariées. Mon père est mort à 52 ans. C’était un forgeron de la mine. Et aussi il abattait des taureaux et il buvait leur sang et aussi du sang de bœuf. Ça lui a fait du tord, pourtant, c’était un costaud mon père, un vrai mur, un chêne. Ma sœur Valentine dormait avec maman. Et les 6 garçons, on avait chacun un lit dans la pièce rajoutée par la mairie. Henri, le plus vieux. Mon frère Paul. Mon frère Georges. Mon frère André. Moi-même, Maurice. Et mon frère Antoine qui est mort à deux ans et demi.

Livres vivants ici ( 5 )

Cinquième clap. Douves et boxe.

J’ai des souvenirs. Je jouais comme les autres. J’aimais bien glisser. A l’époque, on avait de vraies gelées, - 24°, - 25°. On allait au château Braque en Belgique pour glisser dans les douves : 80 centimètres de glace. Avec mes copains René Parent, Gilbert, Serge Cavenelle, de mon âge… À 12 ans je me suis mis à la boxe et jusqu’à l’âge de 16 ans. J’allais m’entrainer à Cuesmes en Belgique. Quatre fois par semaine. Le Lundi, le Mardi, le Vendredi et le Samedi. Bon, dans les débuts j’étais amateur. Après je suis rentré dans les professionnels. J’ai boxé en Algérie. À Bruxelles. À Paris. J’étais bon car gaucher. J’ai même boxé contre Jim Panton, très connu à l’époque, un black, je l’ai mis K.O avec un gauche au cinquième round. C’est des choses qu’on n’oublie pas dans sa vie.

 

Sixième clap. Bérets rouges.

Je me suis engagé à 17 ans et demi. J’aimais bien les chants militaires et j’avais un oncle légionnaire, Paul Henri. C’est lui qui a demandé à ma mère. Elle aurait préféré que je reprenne la forge de papa. On était spécialisé dans le ferrage des chevaux qui descendaient dans la mine. Mais j’étais complice avec mon oncle et j’adorais quand il me parlait de l’armée. Il a réussi à la convaincre ma mère et m’a conduit à la Citadelle à Lille. Je me suis engagé dans les bérets rouges et les parachutistes. J’ai demandé aussitôt les colonies et je vais vous dire pourquoi, si on fait dix ans là-bas, ça compte double en années.

 

Septième clap. Tout un système.

Je suis parti à Djibouti, six mois de classe. Ce sont des bataillons disciplinaires et on y apprend tout. Le close-combat. En fait le mot correct, c’est : on apprend à tuer. Les premiers sauts, je les ai faits en France à Castelnaudary et à Aubagne. Mille huit cent mètres, très, très dur, tout un système. Il faut bien retomber sur ses jambes, je vais vous montrer la position. D’abord vous faites une chute libre de 400 mètres. Aujourd’hui, le parachute s’ouvre avec la pression d’air. À l’époque, c’est un anneau qu’il faut tirer au bon moment. On était 25 ou 30 à sauter ce jour-là. J’étais le premier de la file. Je n’avais pas peur. En dessous, on voit les maisons et les arbres, tout minuscules. Quand on saute, on doit avoir un cœur parfait. Il faut retenir son souffle. Faut pas croire que c’est facile. Avec des armes, en plus. Le PM français, comme une petite mitraillette. Et le poignard. Ce jour-là, il y en a un qui est mort. Il avait accroché son PM à l’envers et il lui a défoncé la poitrine.

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Huitième clap. Méchanceté.

J’aimais bien la bagarre. On se battait souvent, en vrai ou pour rire pour acquérir la manière de tuer et de se défendre. Au poignard. Au bâton. Il faut acquérir aussi de la méchanceté. Un légionnaire n’a pas peur de s’attaquer à 10 bonshommes. Dans le civil, en général, je respectais mon prochain. Quand on avait bien bossé à l’entraînement, on était reçu dans une grande salle. Il y avait des légionnaires qui se mettaient la cuite mais moi je n’ai jamais bu. Le soir, on avait relâche. Je n’ai jamais vécu en caserne, j’ai toujours dormi en bivouac.

 

Neuvième clap. Le Vietnamien et l’arabe.

J’ai fait cinq ans au Vietnam avec les américains. Ils ont quitté le pays non pas parce qu’ils avaient pris une raclée mais parce qu’il n’y avait pas de pétrole. Pendant cette guerre, j’ai du tuer un Vietnamien pour sauver un jeune arabe. On allait lui couper la gorge. Ils étaient 4. Il y en avait un qui tenait en respect l’arabe qu’il allait tuer avec un poignard. En l’égorgeant comme un mouton, d’une oreille à l’autre. J’ai sauté sur lui et je l’ai poignardé à la gorge. Là, juste à l’endroit de l’aorte. Les autres se sont enfuis. J’avais le grade d’adjudant à l’époque. J’ai tué un seul homme en cinq ans. Après cet acte de bravoure, le colonel Massu m’a donné l’autorisation de former les américains à sauter en parachute. Je restais donc au campement.

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Dixième clap. Indochine.

J’ai été nommé capitaine en Indochine parce que, là, j’en ai tué 3. Drôle de guerre, dans les rizières. Une guerre d’embuscade, une guérilla. Quand je les ai vus arriver, j’ai donné l’ordre d’attaquer avant eux. On était une vingtaine dans ma section. Quatre jeune Indochinois nous ont contournés pour nous attaquer au poignard avec la scie par tous les flancs. Ils ne font pas de prisonnier et vous tranchent la tête avec ça ! Ils ont l’habitude de leur terrain. Ils respiraient planqués dans l’eau avec des roseaux. Heureusement que j’ai fait tirer mes hommes en premier. C’est dur de tuer un homme, vous savez. Le premier que j’ai tué, j’ai eu mal au cœur car j’ai du le tuer au couteau. Ça été dur cet acte. Un homme, c’est un homme. J’ai fait des mauvais rêves. Vous vous rendez compte, l’année dernière, en vacances au Tréport avec mon petit fils, j’ai encore rêvé de ça… ça s’estompe au fils des années, mais j’ai rêvé de ça pendant 30 ans.

 

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Onzième clap. Embuscade.

Après cette embuscade, j’ai monté en grade. Lieutenant. Capitaine. Je ne regrette rien. Sauf d’avoir tué un homme. Jeune en plus. Mais la guerre, c’est la guerre, on n’a pas le choix. Ce qui a été le plus dur, je tiens à le souligner maintenant, c’est quand j’étais à Djibouti. Deux ans et demi sans voir mes parents. Comme je ne demandais jamais de permission, ni rien, les gradés m’avaient oublié. Heureusement, le général a pensé à mois et m’a envoyé direct en permission. Oui, oui, j’ai été marié mais je ne suis plus avec ma femme, ça, c’est une autre histoire. Je lui ai acheté des maisons. Je suis fort dans tout ce qui est béton, ciment et travaux divers. J’ai retapé toutes ces maisons et elle en a profité. Je suis parti d’elle.

 

Douzième clap. Le pasteur

J’ai servi mon pays, c’est déjà une belle chose. Puis un jour, je termine ma vie d’homme méchant que j’étais avec la boxe, l’armée et, à l’âge de 40 ans, je rentre à l’école biblique pour devenir pasteur. J’ai appris la Bible aux manouches et aux gitans, oui, c’est ça, je leur ai appris à lire la Bible pendant trente ans. Je prêchais déjà la parole avant d’entrer dans le ministère. De l’homme de combat, je suis devenu sage et pieux. J’ai fait des baptêmes. J’étais pasteur dans l’église du chrétien évangélique, vous connaissez ? Par exemple, on me demandait à Denain, j’allais prêcher la bonne parole et expliquer la Bible.

 

Treizième clap.

Dans la Bible, vous savez, il y a beaucoup, beaucoup de choses, et on parle de Jésus Christ. L’ancien et le nouveau testament. Il y a un passage comme ça qui me parle beaucoup : « Venez à moi vous tous qui êtes fatigués et chargés de pécher et je donnerai du repos pour vos âmes car mon joug est doux et mon fardeau léger. » C’est Jésus qui dit ça dans Matthieu. Jésus, il a souffert la croix pour moi, pour vous, pour tout le monde, et il s’est donné en sacrifice. Il aurait pu appeler son père à l’aide mais non il a accepté de laisser couler son sang pour nous sur la croix. On lui a entassé des clous avec des têtes carrées dans les pieds dans les mains. Il a souffert. Jésus n’est pas mort comme les autres, comme nous. Dans un dernier souffle, il a crié : « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font ». Puis : « Tout est accompli ! » Ensuite, il va rendre l’esprit.

 

C’est pas par plaisir que j’ai tué ce jeune Vietnamien, c’était pour sauver la victime qu’il allait tuer.

 

Les japonais, les chinois n’ont pas peur de la mort car ils croient en la réincarnation.

 

Moi, je crois en Jésus, il va me prendre avec lui et me sauver du ciel. J’en ai la certitude.

 

 

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