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Publié par Sampiero Dominique

Livres vivant ici ( 4 )

 

Sœur Véronique

 

En me racontant, son histoire, Cédric a eu un doute sur la mort de sa mère : était-elle morte à sa naissance ou quelque temps après ? Un doute aussi sur l’amour qu’il avait ou qu’il n’avait pas reçu… Nous sommes allés rencontrés Véronique, sa sœur, pour reconstruire ce récit du début de sa vie.

 

En 1972, l’échographie faisait ses premiers pas. La technique existait mais n’était pas remboursée par la sécurité sociale. Si elle avait été pratiquée, Cédric n’aurait pas été orphelin et sa mère serait probablement encore en vie.

Livres vivant ici ( 4 )

Premier clap. Tous ensemble.

Quand maman est décédée, Cédric avait neuf mois. Elle est morte le 7 août 1972. Comme dans le temps on ne faisait pas d’échographie. Il y avait un autre fœtus dans son ventre qui est mort.  Le fœtus est resté dans son ventre et ça s’est infecté. Elle a accouché de Cédric. Elle ne l’a pas beaucoup connu son fils. Mon frère. Moi, j’avais 7 ans. C’était une fille unique ma mère. Elle nous a aimés, c’est sûr. Je me souviens de maman alitée. On a eu de l’amour de notre grand-mère après, Emilienne. Mémé a tout quitté, mon grand-père était déjà décédé, pour venir vivre avec nous et avec mon père. Pour ne pas être placés. Garder la famille et rester tous ensemble. Elle avait perdu sa fille unique, notre mère, Chantale. Et son chagrin était grand.

Livres vivant ici ( 4 )

Deuxième clap. Coupée en quatre.

Je me souviens quand Cédric était petit, elle le promenait dans son landau et, devant la porte de la maison, elle discutait avec les voisins. Ma mère exigeante avec moi ? Si vous voulez, mais comme elle ne se sentait jamais bien, il fallait que je m’occupe de Cédric. Elle avait tout abandonné autour d’elle. Elle ne savait plus rien faire. Ma mère, j’avoue, je n’ai que des souvenirs vagues. Je me souviens d’elle sur son lit de décès, ma grand-mère était jour et nuit à côté d’elle. Elle avait accouché à la maison. La sage femme s’appelait madame Masclet, c’est elle qui l’avait accouchée. Ma grand-mère comme elle avait perdu sa fille unique, elle s’est coupée en quatre pour nous. Cédric, Véronique et Valérie.

Troisième clap. Popottes.

 J’ai des souvenirs de ma grand-mère. Parce qu’en ce temps-là, on se mettait autour du feu et on discutait Elle m’a appris a faire la cuisine. Et tout le reste. Toutes les bonnes popottes. Un ragoût aux haricots qu’on laissait mijoter sur le feu. Dés sept heures du matin, elle préparait son ragoût. Avec du mouton. Pas de boîtes. Tout fait à la main. Même un beau bouillon. Dés sept heures. Et aussi de la soupe à la jambette. Je fais comme elle encore maintenant. Je me lève à sept heures pour cuisiner. Mijoté, c’est meilleur qu’à gros bouillons.

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Quatrième clap. Les cellules du cerveau.

Mémé Emilienne aimait beaucoup Cédric. Quand elle tricotait, il fallait qu’il soit à côté d’elle. Quand il jouait, il fallait qu’il dise où il allait jouer. On avait des heures régulières. À telle heure rentré, à telle heure, souper ! J’avais 16 ans quand Emilienne est décédée. De vieillesse. À quel âge ? Attendez, je vais regarder sur son livret de famille. Après mes 16 ans, j’ai eu une maladie qui tu les cellules du cerveau. Je me sui levée, un matin et je ne savais plus marcher, plus parler. De 92 à 2010, j’ai pris des cachets. C’est mon mari qui m’a aidé à me réadapter à la vie.

Livres vivant ici ( 4 )

Cinquième clap. Des vertes et des pas mûres.

À 16 ans, je me suis faite émancipée, j’ai arrêté l’école. Et j’ai donc repris le train train quotidien comme grand-mère Emilienne. Je n’ai jamais été méchante, jamais jamais tapé les enfants. Pourtant il méritait des claques Cédric, il m’en a fait des vertes et des pas mûres. Par exemple, il allait au verger. Faut pas monter dans les arbres, Cédric. Deux minutes après, il était en haut de l’arbre. On lui offrait un vélo. On lui disait, fais attention, prends en soin surtout. Deux heures après le vélo était démoli. Quand il est parti à l’armée, même topo. Il nous faisait signe aurevoir sur le quai. Et ensuite il descendait du train. J’ai appris qu’il avait déserté. Il avait caché ses affaires civiles derrière un buisson. Même enfant, quand il était puni dans sa chambre, il se sauvait par la fenêtre. Il a pris six mois de prison pour désertion. La prison militaire. Les boules pour lui !

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Sixième clap. C’est plus fort que lui.

C’est une personne, si vous voulez, je vais vous dire, c’est mon frère je l’adore, on le met toujours dans le droit chemin et il trouve toujours le moyen de bifurquer, c’est plus fort que lui. Je l’ai repris à la maison quand sa femme l’a jeté dehors. On ne laisserait pas un chien dehors. J’ai même fait le nécessaire quand il pleurait de ne plus voir ses filles. Je suis allée voir l’assistante sociale. Je me suis dit, comme je n’ai qu’un frère, je vais l’aider. Mais Cédric est une personne fort influençable. Il croit que tout le monde est beau et gentil. Trop fragile. On le mène par le bout du nez. Il ne veut pas arriver à faire son caractère.

Septième clap. Tunnel.

Quand il s’était mis dans l’alcool, j’ai réussi à le faire arrêter. On buvait du café ensemble. On discutait des heures tous les deux. C’est comme les bébés, il faut faire un pas devant l’autre. À 45 ans, c’est encore un enfant. Il est toujours au chômage. Il me répond à chaque fois, « C’est en projet ! ». Il serait temps qu’il sorte la tête de son cul ( rires ). Sinon, il ne sortira jamais du tunnel. Moi, je me suis sortie de ma maladie. Mon projet, c’est mes enfants, mon mari. Pourtant, Cédric a de très bonnes qualités. La vie, c’est un livre, quand ça ne va pas, il faut tourner la page. Il a l’âge maintenant, ce n’est plus un bébé. Je vais être franche, de toute façon, c’est la vérité, mais au bout d’un moment quand on veut sortir du gouffre, on peut, mais, non, à force, il y retourne, il ne s’en sort pas. Quand il a des sous, il dépense et il se retrouve à la rue. Je ne l’ai jamais laissé dehors. Il a sa chambre ici, tout est resté en place. Même la photo de papa maman est toujours sur sa table de nuit.

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Huitième clap. Jamais une gifle.

Maintenant, il pourrait refaire sa vie, mais pas avec une femme tout de suite. Tout le monde a des soucis, il faut s’en sortir. Moi, c’est mes enfants qui me tiennent. Quand on ne voit pas mamie Véro même une journée, disent les enfants, ça ne va pas. Avec ce qu’il a vécu dans le passé Cédric, il a peur de se réintégrer. Peur qu’on lui fasse encore un coup de vache. Moi, c’est comme je vous le dis, j’aurais pu fermer ma porte mais je l’ai toujours reçu. J’ai toujours été une maman pour lui. Mon papa ne nous disputait jamais. Il ne criait jamais sur nous. Jamais une gifle. Il nous grondait, c’est tout. J’ai eu une jeunesse très heureuse. Entourée, aimée. On a toujours eu de l’amour avec nous. Mon papa s’est toujours débrouillé pour qu’on ait à manger. Des câlins, Cédric en a eu avec mémé. Avec nous elle était fusionnelle. Moi j’ai reproduis ce que j’ai vécu avec ma grand-mère. On vit dans une drôle de société, non ? Les gens sont égoïstes. C’est comme le Président, il dit qu’il va redresser la France et il est toujours fourré à l’étranger.

Livres vivant ici ( 4 )

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Marie-Frédérique 05/12/2014 21:40

Beau portrait et belle photos .ça sonne juste ! Merci.

louisiane 04/12/2014 22:27

Emouvant