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Publié par Sampiero Dominique

Comprends bien si on rappe

C’est par besoin

Sans ça

j’aurais déjà perdu

Mon calme légendaire

Rappeur de l'ombre, ilies

ilies

Pudeur ? Réserve ? Besoin de se mettre à distance pour laisser la place aux autres ? Ilies n’aime pas parler de ce qu’il fait. Mais il s’impose discrètement sur le terrain de la création avec des ados depuis des années. Particulièrement attaché à chacun des enfants de la cité comme aux membres de sa propre famille, il déteste le baratin et préfère agir. N’aime pas occuper le devant de la scène… détail qui pourrait sembler contradictoire pour quelqu’un qui écrit, chante et compose. Mais on sent une autorité, une force de caractère et une grande sensibilité cachées derrière le souci profond de valoriser ses rappeurs en herbe pour les aider à décoller. Décoller de quoi : de la monotonie de la vie ou des coups durs qui traversent l’adolescence sans crier gare ? Pas besoin de long discours. Ilies est un animateur qui réveille le besoin de dire, de crier et de slamer chez des jeunes qui ont parfois renoncé à tout.

 

Rappeur de l'ombre, ilies

Interview

 

Ça commence quand ?

Qu’est-ce qui commence ?

Ce studio de création et d’enregistrement avec des ados du quartier de Chasse Royale ?

C’est quelque chose de très fragile, j’ai l’impression que ça commence à chaque fois que je suis avec eux et que tout est à chaque fois remis en question. Disons que je viens comme usager depuis une quinzaine d’années… Et que petit à petit, je me suis intéressé à la question en proposant de créer des musiques à partir de Sample à des jeunes qui venaient me voir. Quand j’y pense, ça passe vite quinze ans, ça fait peur. Au début, j’ai des connaissances en musique. J’ai fait du violon alto au conservatoire de Valenciennes pendant 7 ou 8 ans, ça m’apprend le solfège et la technique de cet instrument.

Quelle a été ta première proposition pour embarquer le groupe et le former ?

Ça s’est fait naturellement. En douceur. J’ai d’abord eu envie d’apprendre à écrire et composer tout seul. J’ai donc écrit des textes et de la musique avec, très rapidement, une envie de partager. J’ai utilisé des logiciels adaptés à cette composition et qui permettent d’assembler des phrases, des morceaux, et de créer sa propre musique. J’ai fait écouter aux ados qui venaient voir ce que je trafiquais… ils ont eu envie de s’y mettre et tout doucement je les ai formés… à écrire… et à composer… Comme ce sont des musiques urbaines et actuelles, tout s’est mis en place naturellement. C’est fragile parce qu’il ne suffit pas de claquer dans les doigts et de dire : écrivez ! C’est parfois le texte qui déclenche la musique et d’autres fois, l’inverse. Ce qui est certain c’est qu’ils ont beaucoup de choses à dire et qu’aujourd’hui, avec une petite centaine de morceaux, ils essaient de la faire dans leur musique.

Votre premier texte comme compositeur.

Je ne me souviens pas. Et puis est-ce si important de parler de ça… de moi surtout ? Je vous l’ai dit, j’ai choisi de marcher dans l’ombre. Je préfère mettre les autres dans la lumière. Sinon, j’avais commencé à faire des scènes et j’aurais pu enchaîner à gogo, faire des albums. Ce n’est pas mon but. Cette création musicale aujourd’hui, je la fais pour moi. Comme quand on tape dans un ballon de football.

Comment s’organisent les séances de musiques urbaines ?

J’ai commencé bénévolement au centre social. Aujourd’hui je travaille sous contrat. Mais ça ne change pas ma façon de faire. Je ne pousse personne. Je partage tout simplement mon vécu dans la cité et mon savoir-faire. Et comme je vous le dis je n’aime pas trop en parler. J’essaie d’apporter aux ados ce que je suis. Mais il faut aussi qu’ils y mettent du leur. Des jeunes entrent et sortent, observent ce qui se passe. Puis un jour, ils se décident. Je leur conseille dans l’écriture des choses simples. Tu peux être violent dans tes paroles plutôt que dans la rue quand tu écris du RAP. Mais même avec cette violence aborde si possible de vrais sujets sérieux. Tu n’es plus un gamin. Tu peux donner ton avis sur le monde ! Je leur parle comme ça et mine de rien, ça marche et naturellement, ça les fait travailler. Et ça se termine par : allez, assez baratiné, prends une feuille, écris !

Quels sont les styles de musiques créés dans ce studio ?

Hip Hop… Rap… RnB… ce que l’on classe plus généralement dans la catégorie des musiques urbaines. Il y a une forte expression et un sentiment de liberté dans ces pratiques. Tu peux dire ce que tu ressens sans qu’on te censure. Mais je pense qu’on peut être plus hardcore en gardant un message et du sens. Je suis certain que dire de vraies choses à plus de force que celui qui crie : nique ta mère ! Au fond je pense que le Hip Hop, s’est nourri de tout, le jazz, la musique classique, la musique brésilienne… C’est donc une musique qui réunit dans tous les sens du terme.

As-tu des préférences dans ces styles musicaux ?

Les mots ont perdu de leur force dans le RAP d’aujourd’hui et ils se suivent de façon mécanique par exemple dans des Punchlines avec Lego Trip, I am... Par contre NTM visaient autre chose. Ils passaient pour des bourrins à l’époque et pourtant dans leurs chansons, ils disaient : «  Laisse pas traîner ton fils, si tu veux pas qu’il glisse ! »… alors que les Rappeurs d’aujourd’hui, c’est fini, ils incitent trop à la violence pour la violence. Heureusement que les jeunes prennent ça au deuxième degré.  Ici, on essaie de réfléchir et de se dire qu’il faut un message quand même. Dire quelque chose et que la chanson ait du sens. On peut critiquer la société mais la tolérance, ça marche dans les deux sens. Non ?

Novembre 2014

Rappeur de l'ombre, ilies

Les sacrifices

Paroles :  Ilies. Nordine.

Voix : Ilies. Nordine.

Musique : Ilies

 

Refrain

Beaucoup nous ont appris à rêver

Certains nous disaient mal barrés

Têtus butés

On espère que

Les sacrifices que l’on fait parfois

Qu’on croit inutiles

Finiront par payer

*

J’ai commencé l’RAP

J’étais

Aussi jeune

Que perdu

Perturbé déçu

Je me suis armé

Dans la rue

Armé de mot

Armé de face à face

Tordus

Chivas Cardhu

C’est pas ma tasse de thé

T’as vu

Importuné

Par le facho qui dit

Que je suis mal rasé

J’ai un seul mot qui me vient

C’est va t’faire enculer

J’rentre pas dans le détail

Algérien donc je bataille

Un seul regard et j’trouve la faille

C’est dans les gènes

Ça s’contrôle pas

J’suis de bonne humeur

J’écris ce qui m’passe par la tête

Et en ce moment c’est pas la fête

Toujours en quête de Hassanet

Et quand je rappe

Il faut que ça soit net

J’aime quand on comprend ma façon

De voir la planète

Certains voient la terre

Comme une boule à facette

Terre à Terre

J’conçois pas le fait

D’ bloquer sur Internet

J’aime les choses simples

Les gens honnêtes

Pas ceux qui tournent la veste

Je me méfie des mauvais gestes

Ma tristesse

Mon point de vue

Quelque soit l’impact

Je l’atteste

Avec au départ une routine qui empeste

Me pose trop de question

Et pour la bonne cause j’conteste

Tout c’qui ne tourne pas rond

Tout c’que dans la vie je déteste

*

Refrain

Beaucoup nous ont appris à rêver

Certains nous disaient mal barrés

Têtus butés

On espère que

Les sacrifices que l’on fait parfois

Qu’on croit inutiles

Finiront par payer

*

À l’époque c’était

Rock My Nation groupé

Quinze ans après

On continue à représenter

Rien à regretter

Rien à péter

Si on rappe encore

Après toutes ces années

C’est que la musique

On la vit

La savoure

La déshabille

C’est parce que rien ne va dans ce monde

D’abrutis pervertis par tout ce qui brille

Nouvelles technologies

T’ar zeubi

J’étais un mec à l’ancienne

J’nral les institutions

Yaman

For Police

Et j’apporte ma contribution

Au studio

Le cerveau en ébullition

Comme dans un état d’possession

Interprète de c’qu’on vit

De c’qu’on voit

Autour de nous

L’ignorance s’accroit

Les plus chiants font hala

Et l’hypocrisie nous foudroie

Mais si ce n’était que ça

Madona

Pour tellement de raisons

On se contient

Nos humeurs changent

Comme les saisons

Comprends bien si on rappe

C’est par besoin

Sans ça j’aurais déjà perdu

Mon calme légendaire

Légendaire

*

Refrain

Beaucoup nous ont appris à rêver

Certains nous disaient mal barrés

Têtus butés

On espère que

Les sacrifices que l’on fait parfois

Qu’on croit inutiles

Finiront par payer

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louisiane 22/11/2014 11:30

Toute la simplicité ressort chez Illies, il donne mais ne demande rien en retour.Moi au début, j'étais un peu disttante à son égard mais j'ai appris à le connaître et je sais que s'il devient votre ami, c'est quelqu'un sur qui l'on peut compter.Il aime le slam et d'autres formes de musique qui ne sont pas forcément les miennes mais j'ai eu l'occasion d'entre quelques unes de ses chansons et j'ai aimé, car son rapp et celui de Nordine n'est pas forcément un rapp violent ; il faut bien écouter les paroles car elles appellent à des réflexions sur notre personne.Bravo.