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Publié par Sampiero Dominique

Cédric Wallon

Cédric Wallon

Si je garde mon chagrin

c’est pour ne pas faire

de mal

à mes enfants

Livres vivant ici ( 3 )

Premier Clap.  à la dure.

Cédric Wallon… W… A… deux L… ON… comme le lycée…

Je me débrouille, ça va… je sais lire, écrire.

J’écris comme je prononce.

Je suis né à Valenciennes. À Monaco. J’ai perdu ma mère à la naissance.

Mon frère jumeau a pourri dans son ventre.

C’est ma sœur Véronique qui m’a raconté tout ça.

J’ai perdu mon père à 7 ans.

Je ne connais pas bien ma famille.

J’ai retrouvé des cousins par Internet, il y a une dizaine d’années.

Quand ma mère meurt, mon père me reprend avec ma sœur. C’est ça ou c’est la DASS. Ma sœur va m’élever jusqu’à l’âge de 17 ans. Ensuite je pars à l’armée.

Mon père est mort d’un défoncement du thorax. Accident de voiture.

Ma mère est enterrée à Trith au Vignoble. Avec mon père. Plus mes deux grands-parents. Une tombe pour 4.

Je pleure parce que je n’ai rien sur ma mère. Je ne sais rien d’elle. Elle était dure avec ma sœur. Juste avant sa grossesse, je pense qu’elle sentait qu’elle allait partir, elle a élevé ma sœur à la dure en lui disant : S’il m’arrive quelque chose, occupe-toi de tes frères. Tu me le jures ?

Deuxième clap. Mémoire sur photo.

C’est ce qui est douloureux c’est de ne pas savoir exactement ce qui s‘est passé. C’est comme un trou noir. J’essaie de prendre des renseignements auprès de ma sœur mais elle ne parle pas beaucoup.

J’ai une seule photo de ma mère. Elle est belle. Elle ressemble à ma sœur.

Ah non, j’ai une photo de mariage aussi de mon père et de ma mère. Mais pas chez moi. La photo est chez ma sœur. C’est comme si je n’avais rien. Sur cette photo, ils ont l’air heureux. Très heureux même. Un beau mariage en limousine. Mon père avait une traction. Je crois qu’ils sont en paix.

Mon père travaillait à la ville de Valenciennes. Le goudronnage. À chaque hiver, il remontait du jardin de la Rhônelle avec un sac de 50 Kilos de charbon gratuit sur son épaule jusqu’à la Briquette. Sans s’arrêter.

Charles et Chantale. Quand il a perdu ma mère, il s’est mis à boire. Puis il a fait la guerre d’Algérie. Pas de chance, ma sœur a vécu en concubinage avec un arabe. Et après la guerre, mon père ne supportait plus les arabes.

Troisième clap. Tout dans le flou.

Pour l’accident, je pense mais je ne suis pas sûr, un jour il est parti, il a consommé et il est rentré avec une douleur au thorax. Il m’a raconté qu’il était tombé sur une voiture. Quand on a vu l’hématome, je lui ai dit : papa, il faut aller à l’hôpital. Il a refusé. On a du appeler les pompiers qui l’ont hospitalisé de force. Mais il arrachait ses perfusions. On l’a perfusé de force en l’attachant. Puis on a appelé ma sœur à minuit. Il avait encore arraché ses perfs. Il s’est laissé mourir comme ça.

Je pense qu’il est bien aujourd’hui avec maman. Il n’était pas suicidaire mais je pense qu’il en avait marre.

Une fois mon père décédé, ma sœur aussi s’est mise à boire. Chute dans l’escalier. Traumatisme. Puis tentative de suicide. Elle s’ouvre les veines, j’avais 10 ans. Je l’ai découverte dans la salle-de-bains. Dans son sang.

Je vais vous dire franchement, ça m’a donné la haine.

Sur mon enfance, j’essaie de savoir des choses à droite et à gauche. Tout est dans le flou.

J’ai retrouvé une autre photo où je suis dans une poussette à côté de mon père. Ma sœur m’a dit : regarde, c’est toi là. C’est tout ce qui me reste de mon enfance, ce flou.

À l’école on me disait : T’as pas de parents ? Quand les parents étaient convoqués, c’est ma sœur qui venait. Les autres me répétaient : Ils sont où tes parents ? Je ne disais à personne qu’ils étaient morts. Par fierté. Tous mes copains avaient leur père et leur mère. Je n’ai jamais été chouchouté par quoique ce soit.

 

Livres vivant ici ( 3 )

Quatrième clap. Tout en A.

Elle n’a jamais eu de temps libre, ma sœur Véronique ; elle a passé son temps à changer mon cul, me conduire à l’école. Elle ne sait même pas ce qu’est une corde à sauter. À chaque fois qu’on se voit, on pleure !

Je tiens peut-être de mon père le courage de ne pas me plaindre, jamais. De ne pas me confier surtout. Sinon, c’est un chagrin qui se déballe à chaque fois. Je n’arrête plus de pleurer. Que ce soit à la fête des pères ou des mères.

À 44 ans, le chagrin est toujours là.

Il n’y a que moi qui s’occupe de leur tombe avec ma sœur. Je vais la nettoyer. Je place des fleurs, des vraies. C’est moi qui ai payé l’enterrement de mon père car j’étais son seul héritier. Il m’a laissé 7 millions. J’ai tout partagé et j’ai payé la tombe. J’ai pu leur offrir un caveau. Et comme il travaillait à la ville, un caveau à perpétuité.

Cinquième clap. Une pensée.

Si je garde mon chagrin, c’est pour ne pas faire de mal à mes enfants. Je pense. Le mal dont j’ai souffert, j’essaie de le rendre en bien. Cassandra. Lorinda. Bellinda et Graziella. Tout en A. Je les ai eu avec Virginie, ma femme, mais on n’est plus en couple.

Mais par rapport à l’élevage, pardon, merde, qu’est-ce que je dis, c’est parce que ma fille fait du cheval, j’ai investi un cheval pour elle, donc comme je disais par rapport à l’éducation, on est soudés.

Mon chagrin, je ne veux pas le partager ni en guérir comme si pleurer, c’était toujours les aimer. Si un chagrin se perd, on oublie.

J’ai un peu réussi ma vie. À l’époque, j’ai travaillé 10 ans comme conducteur d’engins. Puis j’ai mis un terme à mon contrat car la boîte s’écroulait.

Le plus qui me touche au niveau de mes parents, c’est mon père. J’ai tatoué une pensée pour lui sur mon bras. Une fleur, une pensée. C’est parce que je pense toujours à lui. Il nous a bien élevés. Toujours rendre service. Acte gratuit. On l’a toujours fait, moi et ma sœur, sans désir de retour.

Livres vivant ici ( 3 )

Sixième clap. Dans le vide.

Mais j’ai eu de sacrées péripéties dans cette vie. Le tabac à 14 ans. La drogue, à l’armée, à 18 ans, l’herbe. Puis l’héroïne par snif à 21 ans. L’extasie, à 26. C’est tout.

Quand je prenais ça, pfffff, c’est comme si vous étiez dans le vide. Pour ne plus penser à rien. J’ai arrêté tout ça. Vraiment. J’avais un sentiment de culpabilité par rapport à mes filles. Je venais les rechercher à l’école dans un état ! C’est pour ça qu’on s’est séparés.

Le vide. Ne plus penser à tout ça !

Ah si quand même mes enfants, le bonheur. Waouh, je ne sais même pas comment le dire sur une échelle de Richter. Le bonheur que moi je n’ai pas eu, je leur donne. Quitte à m’endetter.

Elles me le rendent au centuple. Elles sont câlines. Elles me serrent dans leurs bras. C’est terrible, c’est ce que j’aurais voulu avoir dans mon enfance. Mes filles calment les plaies que j’ai dans mon cœur.

J’ai des petits secrets avec elles. Des choses que pour nous.

Septième clap. Renoué.

Mes neurones n’ont pas été touchés avec la drogue. Je m’en sors bien. Pourquoi j’ai fait ça ? En vérité, je crois que je voulais me foutre en l’air. J’ai fait deux tentatives de suicide. Une par cachets. Une par le canal. C’était raconté dans le journal avec un gros titre : Un suicidé se lance dans le canal mais il sait nager. Le pompier se foutait de moi ( rires ) La prochaine fois, tu ferais mieux de prendre des cachets. J’ai suivi ses conseils.

Pour moi, ces tentatives, ce n’est pas un trou noir. J’étais conscient. Je savais ce que je faisais.

Je ne le ferai plus. Avec mes filles tout a été renoué. Je ne pouvais plus voir mes enfants à l’époque. C’est pour ça que j’ai voulu mourir.

Je suis même allé à la clinique de Monaco pour enquêter, parler avec les médecins et savoir si mon frère était dans la même poche que moi. C’est stupide hein ? Savoir aussi s’il y avait un ou deux cordons, c’est con non ? C’est comme ça j’en ai besoin.

Savoir s’il a tué ma mère, notre mère ? Non, je ne sais pas. Je ne peux pas dire ça ! Je ne veux pas !

 

Livres vivant ici ( 3 )

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e 15/04/2015 19:01

la boutique que a bossé marche toujour car je y bosse moi elle a jamais freme

Laurent 13/11/2014 12:31

La vie ne fait pas de cadeau. Les enfants nous attachent à la vie, pour eux nou sserions prêt à tout. Et nous sommes tous des enfants. Bravo pour ce texte très fort et un grand merci à Dominique pour toutes ces publications.

Golé 11/11/2014 16:33

Oui, tant d'émotion en si peu de ligne. Une d'entre-elles m'interpelle particulièrement :
"Et après la guerre, mon père ne supportait plus les arabes."
Elle m'interpelle et je me demande ce qu'il peut en être des Arabes... en ce 11 novembre de bien triste mémoire.
Par dessus-tout, "Maudite soir la guerre".

Lana 07/07/2015 00:30

Sa ma beaucoup toucher

buffy 10/11/2014 16:01

emouvant